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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 06:27

Sujet d'un atelier :

“ Elle dressait son arbre généalogique, quand tout à coup, elle se trouva perchée sur une branche. ”

En vers, en prose, farfelu, sérieux, humoristique, tragique, etc... comme vous le sentez. Vous pouvez aussi le faire au masculin ou à la première personne.

AU PIED DE MON ARBRE

Elle dressait son arbre généalogique quand, tout à coup, elle se trouva perchée sur une branche, coincée entre le vieil oncle Charles et la tante Jeanne toute rigide dans son corset. Les lèvres de l'oncle s'arrondirent, sa moustache s'enroula autour d'elles, les soulignant de stupéfaction. La tante Jeanne pivota dans son corsage comme la tourelle d'un char d'assaut, décochant du regard une salve réprobatrice sur sa minijupe.

  • D'où sortez-vous, jeune fille ? Et quel est cet accoutrement ?

  • Je ne sais pas, Tante Jeanne, il y a un bug quelque part...

  • Un quoi ?!... Tante Jeanne ? Depuis quand ?

  • Un bug, c'est un dysfonctionnement, et Tante Jeanne c'est depuis environ une centaine d'années.

La moustache de l'oncle Charles remonte lentement à l'horizontale. Un coup d’œil sur les cuisses de sa nièce finit de la tirer définitivement vers le haut, portée par un sourire bienveillant.

  • Une nièce depuis cent ans ! En voilà une affaire !!! Donne-nous quelques précisions, chère enfant.

  • Bien volontiers, mon oncle. Voilà : je faisais mon arbre généalogique et je me suis retrouvée là, entre vous deux. Pour me situer, je suis l'arrière petite-fille de votre frère Marcel.

  • Je me disais bien que tu me rappelais quelqu'un... Cela dit, viens-tu du bas de l'arbre ou bien d'autres te succèdent-ils au-dessous ?

  • Pour l'instant, je suis la dernière, enfin je crois...

Tante Jeanne se radoucit et intervient :

  • Tu as raison de douter. Qu'est-ce que le temps ? Ceux qui viendront après toi sont peut-être déjà là... Si tu es sur une branche, c'est sans doute un de tes descendants qui t'y a mise.

  • Vous voulez dire que je suis morte ? Ce n'est pas possible, je suis, enfin, j'étais bien vivante, chez moi, en train d'écrire vos noms sur cette branche.

  • Ici, vivants, morts, on ne sait plus trop ce que cela veut dire. As-tu remarqué cette contradiction ? Bien que les ancêtres soient les racines du celui qui dresse un arbre généalogique, on les retrouve sur les branches, alors que celui qui en est issu est au pied de l'arbre. N'est-ce pas cocasse ?

  • C'est une façon de voir les choses. Mais ce n'est pas la bonne. La personne qui fait l'arbre généalogique est tout en bas de l'arbre car elle est sa sève ; elle nourrit la mémoire pour garder ses ancêtres vivants dans ce qui la constitue au plus profond d'elle-même.

L'oncle Charles lisse sa moustache, pensif.

  • Une nièce qui a des réponses...Tu as hérité du bon sens de mon frère. Bon, j'ai une idée pour te renvoyer chez toi.

  • Laquelle ?

  • Redescends de l'arbre.

Aussitôt, dit... La jeune fille tâte du pied la branche au-dessous d'elle. Elle rencontre un grognement.

  • Attention, tu écrases la cousine Berthe ! Un peu plus à gauche... Voilà, encore un effort... Noooon, pas par là, c'est la branche pourrie de la famille !!!

Crac !!!

  • Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhh....

Une chute incommensurable, un atterrissage à califourchon sur un jeune rameau et un beau jeune homme.

  • Grand-mère ?!! Mais que fais-tu là ?

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 12:55
Maurice de VLAMINCK (1876 - 1958) Paysage d'automne, ciel d'orage

Maurice de VLAMINCK (1876 - 1958) Paysage d'automne, ciel d'orage

Issu d'un atelier :

AUTOMNE

Une bourrasque, quelques feuilles dorées...

Sur la terrasse, la table abandonnée

se fait une nappe aux teintes mordorées ;

la fête, absente, est oubliée.

Le jour s'enfuit dans la lumière lasse,

la nostalgie épouse le temps qui passe.

Quelques frimas, parfois, cherchent la pluie

quand leur clarté sombre dans la nuit.

C'est le moment choisi par les vieux souvenirs.

Cet espace ténu balance entre deux mondes

dans l'automne éthéré qui veut garder la vie,

qui marche vers la mort, poursuivi par mon ombre.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 07:32
"Prière" de Bernard Brunstein - http://peinturedebernard.over-blog.com/2015/08/quelques-traits.html

"Prière" de Bernard Brunstein - http://peinturedebernard.over-blog.com/2015/08/quelques-traits.html

FRATER MEUS

Je ne sais te le dire, encore moins te l'écrire

Mais je sais que tu sais.

Que ce lien qui nous lie,

Arrimé à l'Enfance

Déroulé par le sang,

Est accroché au cœur.

Cet Amour fraternel est chose indicible ;

C'est comme une évidence,

Les mots sont inutiles ;

Il fait partie de nous.

C'est un peu de moi-même

Qui coule à travers toi,

Qui fait de toi mon frère.

Si la parole manque,

Les actes ne mentent pas.

Un café partagé, un fou-rire complice,

Le coup de main donné

Dans les difficultés.

Toi, tu es là pour moi,

Moi, je le suis pour toi,

Et même nos querelles

Deviennent Fraternité.

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 12:34
L'ÉCLIPSE DE LUNE

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La nuit déchire les nuages ;

Ils volent en lambeaux blancs.

L'un deux accroche une ombre, la dépose sur la Lune,

Qui rougit.

L'ÉCLIPSE DE LUNE

Entre les nuages

La Lune se teinte de rouge.

Mort de son Soleil ?

Son Soleil s'est enfui.

L'ombre ronde emplit ses mers, grignote ses cratères,

S'étale en éventail sur sa lumière claire,

Qu'elle tranche d'un rubis sombre.

L'ÉCLIPSE DE LUNE

Sur la Lune blanche

Un croissant sombre avance.

Ombre en rouge sang.

Le croissant pourpre l'envahit lentement.

Debout sur la Terre, je le regarde grossir,

Et je vois rouler l'ombre de la planète sur laquelle je vis.

Ma Terre...

L'ÉCLIPSE DE LUNE

Sur la Lune rouge,

Un arc de cercle se meut.

Ma Terre devinée.

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Plus de photos de l'éclipse sur mon blog d'astronomie :

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 06:28

Le sommier grince, l'oreiller bruisse. Ils effraient le sommeil qui s'enfuit. Les moutons le suivent en nombre, abandonnant la nuit aux choses qui veulent vivre. Elles remontent de la journée, rôdent dans la chambre. L'une d'elles se détache, s'impose, gravite, têtue, autour du lit.

 

Dans l'heure insomniaque

Tourbillonnent les pensées.

Exit les moutons.

 

Des idées émergent, voyagent un moment, explorent quelques pistes et disparaissent. La nuit les avale. Dans l'obscurité, la vie jaillit de l'intérieur, emplit l'espace-corps ; les perceptions se font intimes, profondes, abolissent la raison.

 

Aux heures immobiles

La vie de l'Être s'éveille.

Montre-toi, mon moi.

 

Le mouvement s’immisce dans la quête nocturne. Se lever sans bruit, marcher les yeux fermés, le bout des doigts explorant le mur. La maison apprivoisée se laisse caresser, le silence respire. De menus craquements, frémissements, balisent le chemin. Les objets s'animent dans la pénombre épaisse, se lovent sous la paume de la main comme un chat ronronnant.

 

Dans la nuit opaque

Les doigts guident les yeux clos.

Tactile mémoire.

 

Un volet couine, s'ouvre. Dans un labyrinthe d'étoiles, la chaîne des existences court sur l'espace-temps depuis le début des mondes. Une place pour chaque grain de sable, pour chaque géant dans le cosmos, une éternité à partager, des questions sans réponses, l'humanité et ses dieux embarqués dans la ronde infinie.

 

Le ciel de la nuit

Allume mille lumières...

Et combien de Vies ?

 

Le volet protecteur se referme, l’immensité retourne à l'Univers. Dans la cuisine, un réveil lumineux sermonne – qu'est-ce que tu fabriques debout à 4h du mat ! Retourne te coucher, tu vas être une loque demain... Conseil plein d'humaine sagesse. Le lit offre ses draps, la quiétude s'installe, satisfaite de ce moment vécu.

 

Volées au sommeil,

Les heures insomniaques vivent.

Victoire sur le temps.

 

 

 

 

 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 06:02
"Mobilisation" de Bernard Brunstein

"Mobilisation" de Bernard Brunstein

Pour admirer les tableaux de Bernard Brunstein, cliquez sur le lien ci-dessous :

 

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À Nice, il y a un atelier. Un atelier sur un thème avec des textes variés pour écrire un recueil.

Pour la saison 2014/2015, nous avons travaillé sur la guerre de 14/18. En poèmes, nouvelles, récits, acrostiches, haïkus, etc... dont voici ma production.

  • ANAPHORE

 

LA GUERRE EST DÉCLARÉE


La guerre est déclarée, les moissons sont dorées
Le vieux cheval avance, la charrette bien pleine ;
La guerre est déclarée, le blé va au grenier,
Août 1914, le soleil cuit la plaine.

La guerre est déclarée, ton sac prêt sur la table
Fait de toi un soldat, paysan s'en est allé ;
La guerre est déclarée, à l'ombre de l'érable
Le banc dans le jardin se sent abandonné.

La guerre est déclarée, tu es parti au front,
Le vieux cheval est mort, la charrette reste vide ;
La guerre est déclarée, dans la vieille maison
Le silence de toi s'installe, impavide.

 

 

 

…..
Matin de novembre ;
sur la tombe du soldat
le chrysanthème fane.
…..

 

  • LIPOGRAMME EN "E"

 

VAGABOND DANS L'INFINI
 

Fusil brandi au bout du bras, il monta à l'assaut. Combat au corps à corps sur un champ maudit. Au loin, l'horizon brûlait. Un coup au flanc lui arracha un cri guttural. Fracas aigu jailli du fond du puits qui l'aspirait. Il tomba, roula dans un trou. Un mot lui vint : labour... Labour brutal, labour d'obus. Sillon obscur dans un soir flamboyant.
La nuit s'annonçait, l'azur virait au noir. Là-haut Mars, sanglant, brillait. Il l'admira un instant, salua puis l'abandonna. La faux rôdait. Finir... mourir ici... L'oubli pour toujours... Partir pour un divin paradis, à jamais vagabond dans l'infini...


…..
Sur la vieille armoire
trône une douille ciselée...
Où est le sculpteur ?
…..

 

 

  • DESCRIPTION SENSORIELLE

 

DANS LE TRAIN SANITAIRE


Long crissement sur la voie ferrée. La locomotive freine dans un vacarme enfumé. Le goût du fer chauffé me pique la langue. Le train entre en gare, s’immobilise dans un sifflement strident.

Moment de répit tant attendu ! J'ai eu de la chance. Lors du dernier assaut, une balle m'a transpercé la cuisse. J'ai roulé dans la tranchée, incapable de me relever. J'ai vu tomber les autres. Mitraille, carnage... Puis le silence, les brancardiers, la civière et le retour vers l'arrière. Destination : Nice.

Je soulève un coin du rideau. Sur le quai, des infirmiers de la Croix Rouge nous attendent. Comme tout est propre et ordonné ici ! Les rails étincellent, les verrières s'illuminent, la gare toute entière m'enveloppe de lumière. Mon cœur  déborde...
Une élégante passe devant la fenêtre du wagon. Sa bouche, comme une promesse juteuse, dessine une fraise appétissante sous sa voilette. J'ai soif.
Le train sanitaire suffoque sous la chaleur. Le soleil d'août nous écrase. Pourtant je grelotte. La fièvre, je crois... Ma jambe est douloureuse ; gaze humide sous ma main. Sur le drap blanc, une tache rouge s'étale. Mon Dieu, épargnez-moi l'amputation...

L'évacuation a commencé. Des gémissements, quelques cris de douleur s'échappent pendant la manipulation des blessés. Nous patientons ; notre tour va arriver. Mon voisin geint doucement. Il a perdu un œil, son visage disparaît sous les bandages. Tout le wagon suinte la souffrance, exhale la puanteur des chairs broyées, les relents de mauvaise sueur. Vertige. Je me raccroche à l'espérance...
Bientôt, l'hôtel-hôpital Regina nous accueillera ; le vent des collines emportera les horribles pestilences, la terreur et les hurlements.

 

 

  • À PARTIR D'UN OBJET

 

SOUVENIRS


Au fond d'un tiroir de la maison familiale, cachée sous une pile de lettres, j'ai retrouvé la montre gousset de mon grand-père. Je mets les aiguilles à l'heure, remonte le mécanisme. Le doux cliquetis des rouages en mouvement me propulse dans le passé. Des images oubliées, des odeurs, des voix surgissent du fond de ma mémoire. Le vieil homme digne et solitaire m'apparaît.
Assis dans la cuisine, les mains sur sa canne en bois, il fume le cigare, chique le mégot. La montre, accrochée à une chaînette d'or, se cache dans  la poche de son gilet. Je me souviens de son visage taillé à coups de serpe sous le chapeau de feutre noir, de ses yeux  bleus, si clairs qu'ils semblent transparents, de sa moustache blanche sous laquelle s'échappent des mots piémontais. Il parle de « sa guerre ». Il a combattu près de dix ans sous le drapeau italien, la Libye d'abord puis la Grande Guerre.
On était au pied du Monte-Nero, dans la vallée de l'Isonzo, l'ennemi tenait les hauteurs. Les chefs nous ont ordonné d'attaquer. Mission suicide... Un carnage ! Je voyais mes camarades tomber sous la mitraille ; la rage, la haine me vrillaient les tripes. J'aurais voulu les tuer tous, ces autres qui massacraient les miens. Puis, la peur. La prochaine balle serait pour moi, c'est sûr ! Ce jour-là, j'ai eu de la chance ; touché au bras, j'ai roulé jusqu'au bas de la colline. C'est comme ça que j'ai eu la vie sauve.
Brume légère dans son regard. Il baisse les yeux, tire la montre de sa poche. Sous la manche de la chemise, l'horrible béance laissée par la blessure creuse son bras crispé.
Ça fait mal, pépé ?
Non, ce n'est pas ça qui fait mal...
Il inhale une bouffée de son Toscano, range à nouveau la montre dans sa poche, nous regarde, nous, ses petits-enfants français. Lui a obtenu la naturalisation mais n'a jamais réussi à acquérir la langue. Il parle toujours en piémontais.
Un jour, à Caporetto, je bavardais avec des copains. Un moment un peu calme au milieu des batailles. Un camarade m'appelle, me demande de venir voir un ami qui a besoin de moi. Je n'avais pas fait dix mètres qu'un obus tombe sur le groupe de copains avec qui je parlais un instant plus tôt. Ils ont tous été tués. Moi, même pas blessé. J'aurais été parmi eux si on ne m'avait pas appelé à ce moment-là. Quelques minutes... je serais mort aussi...
Le chapeau noir projette une ombre sur son visage. Il se tait, s'éloigne vers les contrées secrètes de sa douleur.

La montre gousset, lisse et douce, épouse la paume de ma main ; la trotteuse galope sur le temps infini... Je la porte à mon oreille, j'écoute son cœur qui bat.


…..
Sur le vieux cliché
uniforme bleu horizon
en noir pour toujours...
…..

 

…..
Dans le vieux cadre
le ruban s'est déchiré ;
la médaille tombe
…..

 

  • FEMMES EN GUERRE


MARRAINE DE GUERRE

J'ai vu l'annonce dans le journal : des soldats recherchent des marraines de guerre. J'ai eu tout de suite envie de postuler. Ma candidature acceptée, me voilà marraine de Félix, soldat sans famille qui se bat à Verdun.
Je ne sais pas grand-chose de lui ; ma première lettre est un peu impersonnelle, je l'avoue. Je lui raconte mon quotidien d'institutrice, les bêtises de mes élèves... J'essaie de lui apporter un peu de légèreté. Son quotidien à lui doit être si lourd...
J'ai glissé ma lettre dans un colis de friandises. J'espère qu'il appréciera. Depuis l'envoi du colis, j'attends. J'ai hâte d'avoir une réponse ! Les jours passent ; Fernand, le facteur, ne s'arrête jamais devant ma maison. Je désespère et surtout, je m'inquiète pour lui. Est-il toujours vivant ? A-t-il reçu ma lettre ?
Ce matin, enfin, Fernand s'immobilise devant ma boîte. Il n'a pas eu le temps d'y insérer le courrier que je suis devant lui, main tendue. Un missive froissée, maculée de boue y tombe. Mon cœur s'accélère. Je l'examine, la flaire, l'apprivoise avant de l'ouvrir.
Une écriture un peu hachée me salue - Chère Marraine...
La suite, je ne vous la lirai pas, elle m'appartient. Ce que je peux dire, c'est que Félix est très heureux d'avoir reçu mes friandises et encore plus d'avoir une marraine qui lui écrit. Il m'a envoyé sa photographie de beau militaire à la moustache conquérante. Il a mon âge, espère recevoir d'autres nouvelles de l'arrière et surtout de moi. Il me dit qu'il est musicien, qu'un jour il viendra jouer du violon rien que pour moi, pour me remercier. Un jour, oui... il viendra...
Sur mon bureau, le papier à lettre attend. La plume plonge dans l'encrier - Mon cher Félix...

 

  • ACROSTICHES

 

R egard baissé sur la missive,
E n cet instant privilégié,
P ar quelques mots à la dérive
I l se nourrit de l'être aimé
T andis que canonnade arrive.

.....

A vion
V ole,
I care de guerre.
A vion
T ombe.
I ci, la terre
O uvre ses bras
N oircis de sang.

.....

S crute l'horizon,
E nnemi embusqué.
N e t'endors pas, ami
T u es sécurité.
I ndicible est la peur
N oire, la détresse ;
E n ces jours de malheur
L a mort, folle d'ivresse,
L ape le sang des hommes
E n guerre dans les tranchées.

.....

F ardeau trop lourd
U lcère l'âme.
S oldat perdu, fracas des armes
I l s'est enfui loin des combats.
L 'État Major le rattrapa,
L e jugea, ordonna :
E n joue... Feu !

.....

A u matin du 11 novembre
R ésonne un clairon joyeux ;
M iroitant comme de l'ambre
I l chante le « Cessez le feu ».
S ur les pauvres terres écorchées
T itubent les soldats émerveillés.
I nstant de joie indicible,
C 'est l'Armistice qui pétille
E n ce matin illuminé.

.....

M onuments
O u croix
N otre guerre
U niverselle
M onuments
E t croix
N ous sommes
T ous sous terre.


…..
Tombe abandonnée
l'arbre pleure en feuilles d'or
le nom enseveli.

…..

 

  • RÊVE

 

UN GRAND ÉCLAT DE RIRE


Cette nuit j'ai rêvé d'un grand éclat de rire. Il fuse de partout, envahit l'espace, pulvérise la mitraille, éjecte la canonnade dans le ciel. Elle explose en feu d’artifice multicolore. Un soleil immense y naît, me réchauffe. Le grand rire enfle, tonitruant. Il s'esclaffe en français, en allemand, en frères...
Son souffle court sur les tranchées, réveille sur son passage les semences abandonnées. Les herbes folles se lèvent, les fleurs sauvages dansent, corolles ouvertes. Champ d'été lumineux sur la boue noire des combats.
Un cheval blanc, fou de liberté, galope sur la prairie. D'étranges volutes s'échappent sous ses sabots. Elles s'envolent, se rejoignent, se mêlent en une gigantesque colombe immaculée qui déploie les ailes et file dans l'azur, auréolée de lumière... Le grand rire vocalise en cascade, l'air vibre, crépite en éclosions de bulles de champagne. L'une d'elle saute sur mon nez, une autre sur ma joue, une autre encore... Je m'éveille. Pluie fine et glacée sur les tranchées, dans l'aurore pâle de ce 11 novembre. Mon joli rêve m'habite encore, je m'y accroche, je veux le croire prémonitoire...

 

…..
Sur la douille de cuivre
un oiseau ciselé chante
le rêve d'un soldat
…..

 

  • POÈME

 

ÇA

Ça serre en moi, ça étouffe, ça piétine,
Ça pèse, ça coule à pic aux abysses du moi,
Ça enfle, ça s'agite, ça me noie, ça chagrine,
Ça se cache dans les limbes aux frontières de l'effroi.
 
Ça remonte des gouffres obscurs de la mémoire,
Ça transperce le temps, tentacules d'horreur,
Ça brandit la détresse, la peine, la douleur,
Ça empoisonne l'âme d'une amère encre noire.
 
Ça gicle sur le présent, ça vomit la souffrance,
Ça exhale les remugles de la chair torturée,
Ça surgit au détour d'un mot, d'une pensée,
Ça se lève, ça frappe, ça cloue d'un jet de lance.
 
Ça hurle en moi, ça crie, ça se débat,
Ça explose de rouge au sang de la bataille,
Ça hurle en moi, ça ravage, ça broie,
Ça –  tranchée ensanglantée –  sans relâche m'assaille.

 

…..
Monument aux morts...
Droit, le vieux soldat salue
sur sa jambe unique.
…..

La montagne s'ouvre
pour le monument aux morts...
la mer le regarde
…..

 


AMERTUME


Où vont nos rêves
Au fil des jours ?
Où vont nos rêves
Et nos amours ?

Il y a des hommes,
De l'enthousiasme ;
Y'en a qui s'paument
Au fond des miasmes.

Un petit rêve
Dans le bourbier,
Moment de trêve
Pour le guerrier.

Il est à moi,
Ce compagnon,
Moi loin de toi,
Pauvre troufion !

Il a grandi
Dans la tranchée ;
Il a fini
Dans le merdier.

Putain de guerre
Tu m'as tout pris !
À présent j'erre
Sous un ciel gris.

Où vont tes rêves,
Ton aujourd'hui ?
Où sont tes frères
De tous pays ?

 

  • NOUVELLE


DOS AU MUR

Le ciel n'a jamais été aussi bleu. Le soleil aussi brillant. Il réchauffe le mur. Sa chaleur diffuse entre mes omoplates. De mes mains, j'explore les pierres. Celle-ci, sous ma main droite, est un peu plus rugueuse que celle cachée sous ma main gauche. Mes doigts rencontrent une minuscule touffe d'herbe. La vie, ça s'accroche. Même au cœur de pierre ! Ha, ha ! Le bon mot, n'est-ce pas ! Il aurait amusé Pierrot. Pierrot... Ça hurle en moi. J'enrage. Injustice, déshonneur. Calomnie. Je ne peux rien faire. J'ai les poings liés.

Août 1914. Nous nous battons contre un ennemi invisible, contre des obus qui arrachent les jambes, les bras, contre des balles qui sectionnent les ventres. Les Allemands, en embuscade sur les hauteurs, nous mitraillent, nous bombardent. Arrosage systématique par l'artillerie. Nous sommes embourbés. Marécage d'eau, de sang. Un pas encore. Des camarades tombent. Pierrot, le fils du boulanger, avance à coté de moi. La boue colle aux godillots. Il attrape mon bras, me fixe d'un œil figé de stupeur. L'autre a disparu, emporté avec la moitié de son visage. Je vois sa vie s'échapper. Instant fugace, indicible. Il s'affaisse à mes pieds. La mort, la mort, partout. Le XVème Corps anéanti. Puis, la retraite, la nuit, sans nourriture ni repos. Marche sur les cadavres. À l'arrivée, l'article indigne du sénateur Gervais :

« Surprises sans doute par les effets terrifiants de la bataille, les troupes de l’aimable Provence ont été prises d’un subit affolement. L’aveu public de leur impardonnable faiblesse s’ajoutera à la rigueur des châtiments militaires. »

Quel mépris pour les soldats de « l'aimable Provence » ! Quelle humiliation ! J'enrage. « Faiblesse » ! Que connaît-il de nos « faiblesses » ? Quant aux « châtiments militaires »...
Le chant d'un oiseau m'apaise. Je l’aperçois entre les feuilles du tilleul. Il sautille sur une branche, indifférent aux choses humaines. Les foins ont été coupés, rentrés dans les granges. Ils ont laissé derrière eux cette merveilleuse fragrance dorée qui parfume les campagnes de France. Elle vient jusqu'à moi, par bouffées, portée par la brise. Au loin, derrière la forêt, une cloche carillonne. Jeannette dans sa robe de mariée, si belle. L'église fleurie, tout le village à la noce. Que ce temps est loin ! Tes baisers sont en moi, mon amour. Ils m'accompagnent...

Bruit de bottes incongru dans la beauté du monde. Les soldats se préparent. J'ai chaud. Une goutte de sueur –  une larme ? – coule lentement sur ma joue. J'ai le nez qui gratte. Un battement d'aile vrille l'air impassible ; mon ami l'oiseau m'évente. Dans mon dos, le mur se rebiffe. Il pointe une aspérité désagréable sous mon épaule gauche. Je l'avais oublié, il n'aime pas cela. Ma main épouse la pierre ronde, la caresse. Elle fond dans ma paume, chaude et sensuelle, gorgée d' histoires, prête à accepter la mienne. Bruissement dans le feuillage au-dessus de ma tête. L'oiseau réclame sa part d'attention. Je suis encore là, l'oiseau. J'engrange la vie. Jeannette, mon épouse aux lèvres douces... Pierrot, mort au combat... Son père fait-il toujours le pain ?

Les soldats, redingotes et pantalons impeccables, sont alignés, immobiles. Le capitaine vérifie la belle ordonnance du tableau – les choses doivent être faites dans les règles – se met au garde-à-vous. Sous le bleu implacable, silence de mort. Même l'oiseau s'est tu. Instant suspendu ; le temps retient son souffle. Les yeux clos, j'emmagasine en urgence l'odeur de foin coupé, la rugosité de la pierre sous ma main, la légèreté de l'herbe douce aux doigts, la chaleur du soleil de septembre... la voix du capitaine :
En joue... Feu !

 

  • EXERCICES DE STYLE

à la manière de Raymond Queneau

 

RÉCIT
Sur la place du village, la foule se presse devant l'affiche de la mobilisation. Un jeune paysan, chapeau de paille enfoncé jusqu'aux yeux, le cou tanné par le soleil, lit l'annonce l'air hébété. Ses mains tremblent légèrement. Un jeune fille se fraye un chemin parmi les hommes agglutinés,serre le bras du garçon.
D'un ton angoissé qui se veut rassurant, il lui explique qu'il doit partir faire la guerre.
Le lendemain, je le vois sur le quai de la gare. La jeune fille l'accompagne. Elle ôte sa bague, la  glisse au petit doigt du jeune homme avant de l'embrasser.

 

TANKA
Mobilisation !
Jeune paysan lit l'affiche
 sa belle près de lui.
Le lendemain à la gare
elle lui met une bague au doigt.


TÉLÉGRAPHIQUE

AFFICHE MOBILISATION STOP FOULE PLACE DU VILLAGE STOP JEUNE PAYSAN CHAPEAU DE PAILLE STOP JEUNE FILLE INTERVIENT STOP EXPLICATION DÉPART GUERRE STOP LENDEMAIN QUAI DE GARE STOP JEUNE FILLE GLISSE BAGUE DOIGT JEUNE HOMME STOP SIGNÉ M.


RÊVE
C'était sur une place. Le soleil m'aveuglait. Je percevais des silhouettes indistinctes parmi lesquelles un jeune homme en chapeau de paille. Mon rêve me propulsa à travers lui. Par son regard, je lisais l'affiche de la Mobilisation placardée sur un mur. Puis mon rêve bascula. À nouveau spectatrice, je l'entendais expliquer à une jeune fille son départ pour la guerre.
Mon rêve fit alors un bond dans le temps, m'expédiant le lendemain sur le quai de la gare. Le jeune couple était là. La jeune fille glissait sa bague au petit doigt du jeune homme.
Et là, je me suis réveillée.


LIPOGRAMME

Ils sont tous là, paysans, artisans. Sur un mur : Mobilisation !
Futurs soldats, ils iront tous au combat. Lui aussi partira.
Sa nana lui sourit, il lui dit :   « ça ira... »
Plus tard, un train, un troufion... Sa nana lui glissa son bijou d'or au doigt.


ALEXANDRINS

Sur la place bondée, un paysan en chapeau
Regarde, hébété, au mur ces quelques mots :
La mobilisation a été proclamée,
Il doit partir demain, quitter le bel été.

Une fille s'approche, se serre contre lui ;
C'est la guerre, tu vois, ne pleure pas ma mie,
Il est de mon devoir, je serai militaire,
Je reviendrai bientôt, je gagnerai la guerre.

Le lendemain matin sur le quai de la gare
Le couple d'amoureux brave le tintamarre ;
La belle ôte sa bague, la passe au petit doigt
De son fringant soldat, l'embrasse, et il s'en va...  

 

  • ASSONANCE ET ALLITÉRATION

 

C comme Combat

Clairon, canon ! Le combat les réclame. Les cavaliers courent au carnage. Casques sur le crâne, les combattants au corps à corps crèvent sous les coups. Ça cogne, ça coupe, ça crucifie...
Dans le crépuscule complice, la clarté se courbe, cloue les cris, cloue les cœurs. Les camarades ont du cran, ils y croient.
Puis la clameur clapote, le courage capote, les cadavres croupissent. Sous les constellations conquérantes, le combat est consumé.


C comme Caresse

Caresse ! C'est comme une caresse quand le calme coule sur le combattant cabossé. C'est comme un carillon dans son cœur. Il le cueille, le recueille, l'accueille. L’accalmie après les combats comble son âme encore plus que son corps.
Caresse ! Caresse d'une femme...
Il se cramponne à cette main qui le cajolerait, qui le catapulterait loin du chaos. Il cabotinerait, conquérant, un canotier sur le crâne ; il caresserait la cuisse captive de sa coquine compagne...
Caresse ! Douceur d'une impossible consolation...

 

  • LA QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

Vingt et un auteurs mobilisés... À l'occasion du centenaire de la Grande Guerre, ils sont partis sur les traces des Poilus, des munitionnettes. Dans les tranchées ou à l'arrière, ils racontent le quotidien de ceux qui ont vécu, combattu, il y a un siècle.
Des styles variés pour ces textes issus de l'atelier d'écriture du centre AnimaNice Bon Voyage ; des moments forts, des réveils de la mémoire, parfois dans les pas d'un grand-père disparu...
“ Carnets de guerre ” est un recueil où se mêlent nouvelles, lipogramme, poésies, photos de tableaux accompagnés de leurs acrostiches, ainsi que  des petits récits, brefs comme des instants de vie volés à l'Histoire, écrits avec le cœur.

 

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 06:24

Écrit pour "Les Impromptus littéraires", avec la consigne :

 

Votre texte devra débuter par « Tout le monde… » (signalé en gras). Vous développerez alors cette phrase.
Lorsque l’écriture s’arrête, commencer la phrase suivante par « Moi seul… (toujours signalé en gras) » et développez.
Recommencer ensuite sur ces deux anaphores et de la même façon, en mettant en place une alternance, s’apparentant à une litanie.

 

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UNE HISTOIRE BANALE...

 

Tout le monde m'a dit : elle n'est pas pour toi ;

Moi seul avais compris qu'elle était faite pour moi.

Tout le monde m'a dit : tu t'en mordras les doigts !

Moi seul savais l'aimer, moi, son prince, son roi.

 

Tout le monde m'a dit : c'est ton pognon qu'elle veut ;

Moi seul croyais en elle, travaillais pour nous deux.

Tout le monde m'a dit : elle te rend idiot !

Moi seul le savais bien que ceci était faux.

 

Tout le monde m'a dit : il faut te ressaisir !

Moi seul dans cet amour voyais mon avenir.

Tout le monde m'a dit : ça ne va pas durer...

Moi seul n'ai rien vu v'nir ; un jour elle m'a plaqué.

 

Tout le monde m'a dit : ça y est, elle t'a plumé ?

Moi seul... Sans elle et sans un sou... je suis désespéré.

Tout le monde m'a dit : on est là, tu le sais...

Moi seul... ? Non, avec eux, riche de l'amitié.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 18:47

Un samedi d'août chauffé de soleil blanc, de ciel bleu implacable, la vieille maison d’Hélène nous accueille. Discrète, elle se cache au fond d'une cour sombre, quelque part dans le village de Roquesteron. Derrière ses murs épais, la cuisine emprisonne la fraîcheur, la restitue en bien-être. Une porte fenêtre s'ouvre sur la petite terrasse ombragée de vigne-framboise. L'odeur sucrée du raisin trop mûr chatouille la langue tandis que regard se perd sur les montagnes rondes habillées de forêts.

 

Dans la fenêtre

La forêt rejoint la vigne.

Miam ! La grappe mûre.

 

Dans le silence, juste les voix de mes amies qui s'affairent au repas, le bourdonnement d'un insecte. Quelques bruissements courent dans les feuilles de vignes. La chaleur assoupit le monde, la douce tranquillité restaure la vie. Sur la terrasse, le soleil s'infiltre à travers les feuillages. La table rouge, la chaise de paille, ma chienne tentent de lui échapper.

 

L'ombre de la vigne

Danse sur la table rouge.

Quiétude d'été.

 

Midi nous réunit pour un repas au champagne. Échanges, partages amitié nous rassasient autant que la pissaladière, le gratin de Véro, les charcuteries, et la tourte de blettes. Nourries jusqu'au fond de l'âme, nous prolongeons le béatitude par une sieste somptueuse. Dans la chambre aux murs blancs, les persiennes entrouvertes trient les rayons de soleil ; la pénombre claire distille une sérénité heureuse.

 

Contre le mur blanc

Meubles sombres, grand lit sobre.

Douceur de la sieste.

 

L'après-midi, c'est la rivière turquoise qui nous invite à partager son lit. L'eau rafraîchissante coule, bienfaisante, sur le pelage de ma chienne, sur les pieds de Véro, d'Hélène ; elle court sur les pierres, entre les rochers. Là, une laune profonde ; les maillots de bain sortent des sacs pour la baignade. Le froid mord les chevilles, le ventre se contracte, une grande respiration... immersion ! Détente immédiate dans le courant vif, plaisir de nager en compagnie de mon adorable toutou.

 

Dans la rivière

L'eau court sur les pierres blanches.

Nos pieds et pattes mouillés.

 

L'après-midi s'étire, le soleil tiédit. Il faut partir. Il flotte comme un regret sur l'Estéron limpide. La rivière le charrie dans ses remous, le noie dans le regard de la chienne Lucy...

 

L'eau de la rivière

Emporte les souvenirs.

Lucy les regarde.

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 05:38

Tentative de haïbun avec images du sujet donné par "Les impromptus littéraires" :

raconter une histoire inspirée par ces 3 portraits de femmes, de 3 époques bien différentes.

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Je suis morte la semaine dernière, pendant le “ clair de lune ”, vous vous souvenez...

“ De sa clarté nacrée qui coule comme l'eau

Sur ma tombe oubliée, en sublime les marbres. ” ?

L'oubli, c'est pour les vivants. Du fond de ma mort, je garde en mémoire quelques bribes de mes vies antérieures.

 

Au 18ème siècle, je suis une comtesse de province. Mon époux possède un petit château quelque part en France. Les revenus de ses terres nous procurent une vie confortable, ses gens sont loyaux – enfin, l'étaient jusqu'à la Révolution ! La belle ordonnance des choses se dégrade, nous nous résignons au départ. Mieux vaut vivre ailleurs que laisser sa tête ici, n'est-ce pas ? Nous partons pour la Russie. Il paraît que le tsar accueille la noblesse française. Le matin du départ, ça gronde sur la route. Une armée de paysans munis de fourches avance vers nous, vociférante. Juste le temps de poser un chapeau sur mes cheveux poudrés et nous filons...

VIES ANTÉRIEURES

Sous le p'tit bibi,

Sauvera-t-elle sa tête ?

Ah, ça ira, ça...

 

 

Je reviens après plus d'un siècle... pour fuir à nouveau. Je m'obstine à naître dans la noblesse, mais je ne choisis jamais le bon pays ! Cette fois, c'est en Russie que la révolution me traque. Les bolcheviques sont redoutables, l'exil incontournable. J'arrive à Paris sans un sou ; je suis jeune, je suis belle. À Montmartre, un peintre tombe amoureux de ma chevelure blonde, je deviens son modèle, sa maîtresse. Il m'entraîne dans une vie de bohème, d'art, de débauche et d'opium, bien plus amusante que la vie étriquée et bien pensante à laquelle j'étais destinée...

VIES ANTÉRIEURES

Sous les cheveux blonds,

Des yeux clairs, des lèvres rouges.

Belle comme une princesse.

 

 

Cent ans plus tard, j'en ai vingt et je vis mal dans cette époque trépidante et consumériste. Tout va vite, tout s'achète, même les amitiés. Elles sont factices, virtuelles ; on croit s'ouvrir au monde, on s'enferme derrière un écran. Il me semble que ma vie est aussi sombre que mes yeux. En quête de sens, je mets les voiles pour prendre le voile, celui d'une nonne, celui de l'islam, je ne sais pas encore... Ou plutôt, j'ai oublié.

VIES ANTÉRIEURES

Dans le doux regard

Volent les ailes d'un ange...

Où est son Saint Graal ?

 

La mort engourdit ma mémoire, le souvenir de mes divers trépas m'échappe. Sans doute parce que, vu d'ici, je préfère la vie... Vivement une autre réincarnation ! La semaine prochaine peut-être...

 

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 21:27

Issu d'un atelier d'écriture en s'inspirant de JE SUIS COMME JE SUIS et/ou PARIS AT NIGHT de Prévert.

 

 

EAU DE VIE

 

Je suis faite comme ça.

Je suis douce et tranquille

Quand le vent n'est pas là.

Mais quand il tourbillonne,

Provoque mes émois,

Je suis vague qui gronde...

Est-ce ma faute à moi ?

 

Les rafales terribles

Excitent ma furie ;

Par le fond de l'abîme,

Les fracas de ma vie

S'écrasent sur le monde ;

La douleur est profonde

Et la Terre pourrie.

Je suis faite comme ça.

Je suis l'eau qui dévale,

Je suis tout l'océan,

Je suis larme de pluie

Qui murmure tout bas :

Si je permets la vie,

Je la reprends parfois.

Est-ce ma faute à moi ?

 

Je suis faite comme ça.

Mon univers liquide

Se répand ça et là ;

Je suis sauvage et libre,

Je cours, et tu me bois,

Toi et tout ce qui vit.

Malgré toutes mes outrances,

Tu as besoin de moi.

Est-ce ma faute à moi ?

 

.......

 

LA VIE

 

Treize milliards d'années

D’événements cosmiques,

Treize milliards d'années

D'étoiles cataclysmiques,

Treize milliards d'années

Pour la Terre féconde,

Pour te voir exister dans cette folle ronde,

Toi, mon enfant-monde.

 

 

 

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