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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 21:48

Issu d'un atelier d'écriture :

Un personnage sort du livre, donne son point de vue...

Baba, le pirate en poste à la vigie, est descendu sur le pont. Cette fois, c'en est trop ! Il vient de se prendre un pigeon dans l’œil en navigant sur la BD « Le papyrus de César ». Et ça les fait rire ces idiots de dessinateurs ! Triple Patte, comme d'habitude, rajoute sa citation latine : « Dat veniam corvis, vexat censuras columbas » (La censure épargne les corbeaux et tourmente les colombes). Baba fulmine :

– Ah ! Bien vu le coup des blanches colombes pour un numide à la peau noire ! Effet comique garanti pour le lecteur, mais moi, j'apprécie moyennement… Déjà qu'on me fait parler sans les « r »… Combien de « à t'ibo'rd » et de « à babo'd » ai-je hurlé depuis la hune !! Non, t'op, c'est t'op !

Héééééé ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi qui m'a donné la parole !!!! Grrrr...

Reprenons : trop, c'est trop ! J'en ai assez d'être perché en haut de ce mât à guetter l'horizon. J'aimerais bien participer à la vie sur le pont, faire des manœuvres avec les copains, régler les voiles, travailler en équipe quoi ! Je me sens seul là-haut et j'ai le mal de mer. Et puis franchement, Uderzo et Goscinny auraient pu de temps en temps faire de moi un héros quand même ! J'aurais adoré sauver le bateau, ridiculiser au moins une fois Astérix et Obélix. Ces deux-là sont les terreurs de l'équipage ; enfin, c'est ainsi qu'ils sont signifiés par les auteurs. Chaque fois que le bateau des Pirates les croise, et ça arrive souvent BD après BD, c'est la catastrophe ! Soit il est coulé par les deux Gaulois, soit sabordé par Barbe Rouge notre chef, soit abandonné par l'équipage pour ne pas les croiser, ces Gaulois de malheur, soit échoué, soit pillé, et même une fois, sabordé par moi-même à la suite d'une dispute ! Ça, ça me reste en travers ! Ce n'est pas correct de la part des auteurs. Ils ne mesurent sûrement pas la honte qu'ils m'ont infligée. Saborder mon bateau, même pour faire rire les enfants, ça me reste en travers. Moi, mon rêve c'est de naviguer en gardant ma dignité, mais ça, apparemment, c'est hors des compétences de mes auteurs ! Ils ont fait de moi un amuseur pour cour de récréation alors que je suis de taille à vivre de belles aventures, voguant sur les mers, me lançant, féroce, à l'abordage de quelque riche navire, engrangeant des trésors… Je suis sûr que l'équipage aussi aspire à une vie de pirate digne de ce nom. Barbe Rouge est un grand chef pour peu qu'on lui en donne l'occasion. La mutinerie gronde, je vous préviens, dessinateur et scénariste, ça va péter…

Un pigeon dans l’œil ! Ils ne me l'avaient jamais faite celle-là ! J'en fais une tête… de pigeon !! C'est toujours sur moi que ça tombe les trucs ridicules. J'ai l'air de quoi à crier : « Chef ! un pigeon 'eçu dans l’œil avec un message ! ». Et l'autre qui roucoule au creux de mes gros bras ! Ils m'ont transformé en nounou pour volatile… J'ai l'air malin, gnmmmf !… Ah, ben ça, c'est la meilleure... voilà que je pouffe maintenant ! Manquerait plus que je me mette à rigoler ! À y regarder de plus près, c'est vrai qu'il est plutôt drôle ce dessin…

La bouche de Baba frémit ; les coins de ses grosses lèvres rouges remontent et un un grand rire tonitruant explose, emporte sa colère, ou plutôt sa colè'e, par-dessus la hune, loin dans le ciel de la BD.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 05:32

Atelier d'écriture :

le récit d'un voyage réel ou imaginaire, dans un pays qui existe ou pas, dans le passé, le présent ou le futur, mais sur terre. donc ni sur la lune, ni sur mars, ni encore plus loin.

Quand je suis arrivée à New York, ce 22 mars 2011 après-midi, il pleuvait. Un ciel bas déroulait ses nuages au-dessus d'un paysage autoroutier brumeux. Le taxi filait vers Manhattan au milieu d'autres taxis, comme autant d'éclats de couleur dans la grisaille, bolides jaune soleil lancés vers la ville. Sans prévenir, la cité s'est dressée, fantasmagorique. Le brouillard noyait le haut des gratte-ciel, descendait le long des murs, gommant les angles. Brouillard mouvant, vivant, estompant et modifiant les contours des rues selon son bon vouloir. Émotion esthétique sublime. Quelque chose de nostalgique et de romantique à la fois. New York féerique aux ombres englouties dans une nuée grise…

Blottie dans une bulle claire, je contemplai la ville à travers le hublot d'une machine zigzagant dans les méandres d'un mystérieux labyrinthe. Le taxi a croisé Times Square ; des falaises d'immeubles floues barraient la route, cernaient les rues profondes comme des canyons. Verticalité imposante, plus haute que le ciel… comme un vertige à l'envers… J'ai savouré chaque instant de cet état entre deux mondes, ces moments suspendus où le voyage est déplacement, où les choses se dévoilent sans se donner, où je suis encore spectatrice, protégée par l'habitacle et la vitesse qui laissent la vie se figer à l'extérieur.

La voiture s'est arrêtée devant le Chelsea Star Hôtel, 300 W 30th St, 8th Ave. Le bâtiment ne paie pas de mine, mais l'accueil est des plus sympathiques ! Le jeune homme qui me reçoit parle français, m'explique tout un tas de choses utiles à savoir. Il est vraiment serviable. Un escalier très propre me mène au 4ème étage. Ma chambre ou plutôt mon appartement, est accueillant avec sa petite cuisine bien équipée. Style année 30, spacieux et confortable. Je suis ravie, j'explore, j'hume, je m’approprie l'espace.

Dans un coin de la pièce, une porte de secours, surmontée d'un gros « EXIT » en lettres lumineuses rouges - comme dans un film, j'adoooore !!! - s'ouvre sur un balcon métallique. Des escaliers-échelles typiques de New York – comme dans un film aussi, youpeeeeeee - dégringolent jusque dans une petite cour où s'éparpillent des tables de jardin et quelques pots de fleurs. Devant moi, des immeubles enchevêtrés, de cinq ou six étages, en briques pour la plupart, avec des châteaux d'eau sur leur toit-terrasse. New York. Comme dans un film… Mais bien présent, avec ses odeurs de diesel, son brouhaha informe parfois écrasé par une sirène hurlante. C'est là, sur cette terrasse métallique aux escaliers typiques, le regard posé sur les châteaux d'eau, que l'atmosphère si particulière de cette ville m'a pénétrée. Le voyage est devenu halte, je ne suis plus spectatrice, je plonge, avide, à la rencontre des choses.

Je me sens remplie d'allégresse, à l'écoute de la vie alentour. Ce délicieux état de touriste heureuse se traduit par une balade piétonne jusqu'à Times Square. La pluie a cessé, la brume se dilue. Sur le chemin, un cappuccino tout crémeux dans un Starbucks, l'Empire State Building qui apparaît au loin, sublime, des gratte-ciel, des gratte-ciel, des gratte-ciel, puis les néons de Times Square, exagérés, démesurés, une débauche de lumières et de publicités ! Tout pour déplaire à l'astronome à tendance écolo que je suis et pourtant, je suis subjuguée. New York envoûtante ! Même mes valeurs les plus précieuses sont reléguées ailleurs, quelque part loin au fond de moi… New York est une sorcière !

New York m'épuise, le décalage horaire aussi, je rentre à l'hôtel… Sommeil agité, réveil à 4h. Impossible de me rendormir, New York m'appelle. À 6h, je n'y tiens plus, je sors. Bonheur d'arpenter la ville au petit matin ! Il fait nuit, la 8ème Ave somnole encore. Peu à peu, la cité s'éveille, quelques voitures, quelques personnes dans la rue. Les commerces lèvent leur rideau. L'air sent le diesel, comme hier. Là-bas, un Mac Do éclairé. Je repars avec le breakfast du pays : omelette sur toast, rösti, pancake, brioche, lait, beurre, sirop d'érable, méga café. J'emporte le tout à l'hôtel.

P'tit dej américain au lit, savouré beaucoup plus qu'une simple nourriture, café en terrasse - merveilleuse terrasse escalier métal noir graphique new-yorkais comme dans un film - les yeux remplis de gratte-ciel, de néons, repérant de nouvelles architectures, prenant mes repères... je suis déjà chez moi. Dans la cour, des gens parlent, des bribes de phrases me parviennent, incompréhensibles mais qu'importe, la musique est là. La musique d'une langue, d'une ville hors norme dont le gigantisme architectural, la verticalité, la lumière, les lumières, le brouhaha incessant, les odeurs, par la magie d'une alchimie étrange, se subliment et se propagent en ondes jubilatoires. J'aime cette ville, je m'y sens bien, je m'y sens comme chez moi, ou peut-être... un peu comme dans un film... et ça, ça m'épate.

Alors, je sors à nouveau pour vivre New York, pour fusionner avec elle pendant ces quelques jours, pour une magnifique parenthèse qui pulvérise mon quotidien.

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 21:41

Atelier d'écriture :

 

On ne choisit pas son corps,
on ne choisit pas son sexe.
Les chromosomes s'emmêlent parfois .
Imaginer un jour de la vie
d'en homosexuel,un transsexuel, un travesti
un hermaphrodite,féminin ou masculin
un castrat, un eunuque (nous entrons
dans l'Histoire )

*****************

Je suis prisonnière depuis toujours. Mon geôlier me cache aux yeux de tous, très loin dans son corps. Sa grosse voix virile écrase ma voix de femme, personne ne m'entend. Je suis prisonnière au fond d'une oubliette. Détresse et solitude pour seuls compagnons.

Pourtant, il m'emmène partout avec lui. Il est manœuvre. C'est un grand costaud aux bras musclés, il peut soulever deux sacs de ciment à lui tout seul. Je le regarde travailler et je pleure sur mes mains qu'il maltraite, ses mains, mes mains - je ne sais plus parfois - pleines de crevasses, aux ongles déchiquetés. Le soir, dans le silence de notre chambre, il m'autorise à exister. Je peux enfin m'exprimer, prendre soin de moi, de lui, de nos mains que je soigne, de nos ongles que je vernis. Juste pour la nuit, pour une bouffée d'air, pour naître un instant au monde. Le lendemain matin, l'homme me muselle, ôte vernis et dentelle dont je me suis parée, m'enferme à nouveau.

Sur le chantier il a si peur que l'on m'aperçoive qu'il devient caricature de lui-même. Grossièreté, vulgarité… ça me fait mal. Je me terre au plus profond et j'ai honte. De lui, de moi, de notre lâcheté. Il siffle les jolies filles, leur lance des blagues lourdes et s'esclaffe avec les copains. Mais moi je sais son désespoir, son dégoût de lui-même, le regard méprisant qu'il porte sur son comportement. Je sais bien qu'il aimerait me laisser apparaître, effacer l'homme pour devenir la femme qu'il est, que je suis. Je sais qu'il sait qu'il est moi. Tous les jours, je gagne du terrain, je vais bientôt le rejoindre, et nous pourrons fusionner en une seule identité.

Il y a des signes qui ne trompent pas ; il baisse sa garde. Ce matin, il a regardé nos mains aux ongles vernis et m'a demandé :

– Qu'est-ce que tu en penses, on y va comme ça ?

Oh ! Combien cette question m'a libérée ! Une fenêtre de lumière ouverte sur la vie ! Je n'ai pas eu besoin de donner de réponse, il avait déjà répondu pour moi.

Sur le chantier, les gars se sont bien marrés. Je passe sur les quolibets de mauvais goût et autres piques douloureuses. Il a vacillé, mais j'étais là, solide, pour lui insuffler la force. Il a eu un moment, l'espace d'une seconde, l'envie de leur mentir, d'inventer un bobard quelconque du genre : c'est ma nièce de quatre ans qui m'a peinturluré, j'avais rien pour l'enlever… Il s'est ravisé ; il a compris qu'il était arrivé au bout du mensonge, qu'il épuisait sa vie, la mienne dans une course vaine, une chimère qui ne nous apporterait jamais l'apaisement.

Alors, courageusement, il s'est tu et m'a laissé la parole. J'ai expliqué aux gars qui j'étais. Ils ont bien rigolé au début, ils pensaient qu'il leur faisait une blague. J'ai tenu bon, je leur ai dit mon isolement, ma souffrance, ma prison, mon désir de devenir la femme que je suis. Puis, je me suis retirée dans la cabane du chantier, je me suis changée. J'ai mis ma belle robe rouge, mes escarpins vernis, j'ai dénoué mon catogan et tracé un trait de khôl autour de mes yeux.

Quand je suis ressortie de la cabane, ils m'ont tous scrutée en silence. Dans leurs yeux passaient tour à tour la surprise, le dégoût, le mépris, la pitié ou la haine. Mon meilleur copain a baissé les yeux. L'amitié s'est enfuie. Ils se sont fermés et je suis partie, conquérante, sur mes talons hauts.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 15:23

Atelier d'écriture :   écrire un texte à déclamer en rap ou en slam

Il s'appelle Mr. B, il est comme la bonté

La bonne-mère c'est lui, même si c'est un Papé

Un vieux monsieur bonnard, mon brave Mr. B

Que j'mets à toutes les sauces, j'suis pas trop inspirée

Un slam improvisé sur un bon petit vieux

Ça vous situe l'auteur, son âge, nom de Dieu !

Et dire que c'est moi qui écris ses âneries

Aïe, aïe, aïe, ma p'tite dame, ton slam est bien pourri

Faut faire des assonances, danse, danse

Sur les sonorités, il faut que ça balance

Ça slame sur du vent, paroles envolées

Le rap de la mémère, ça, ça va remuer !

Une série de vers sans la queue ni la tête

Des allitérations qui s'en vont faire la fête

Un poème de rien volé au quotidien

Un poème de rien et vous, mes chers copains

J'pourrais continuer à dire des bêtises

Le stylo court tout seul sur sa plume qui frise

Et pour faire la rime, dire n'importe quoi

Mais c'est sans intérêt, alors je m'arrête là !

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 06:51

Sujet s'un atelier d'écriture :

Vous laissez votre appartement à un proche et il va s'installer dans votre immeuble. Pour qu'il soit déjà familiarisé, vous lui faites un portrait rapide et rigolo de vos voisins aimés ou détestés.

"Celui du 1er...et puis ceux du 5e ...ah j'oubliais le couple du 3e... etc.."

Décrivez-les avec leurs défauts et ou leurs qualités. Ont-ils des sobriquets ? Ont-ils des manies ?

*******************************

Tu verras, tu seras bien ici. Bon, il y a bien la mégère du 5ème qui ronchonne tout le temps, à croire que le sort s'acharne sur elle : si une porte claque, c'est sûr que c'est pendant sa sieste et ça la réveille en sursaut, si le jeune du 4ème écoute de la musique, c'est toujours trop fort, bref, c'est Mme Grognon ! Tout est négatif ! Évite de bavarder avec elle, tout y passe : et les migrants qui nous envahissent, et les anticyclones qui nous détraquent le temps, et les jeunes qui sont tous délinquants, et les jupes trop courtes des filles, et les bus toujours en retard, et les chômeurs tous des feignants, enfin, tu vois le genre, rien ne va plus ma p'tite dame ! Faut toujours qu'elle critique !

En revanche, le jeune du 4ème est tout mignon… Mais lui, c'est Mr. Timide. Quand on lui adresse la parole, il rougit, il bafouille. Pas embêtant pour deux sous. Il aime la musique classique, il en écoute souvent et pas aussi fort que le prétend Mme Grognon. Quelques notes s'échappent parfois par la fenêtre ou sous la porte, toutes légères. C'est même plutôt agréable, je trouve. Il est joli garçon, pourtant je ne l'ai jamais vu en compagnie d'une fille ; je crois que c'est un cœur à prendre… à bon entendeur…

La porte d'en face, c'est ma copine Véro. Une fille adorable, toujours de bonne humeur, serviable. Une amie loyale vraiment. Je te la présenterai ; tu verras, elle est pétillante et chaleureuse.

Au second, c'est la famille Ricoré : papa, maman, fiston, fifille, chienchien. Les gosses sont un peu bruyants parfois, ils se chamaillent, cavalent dans l'appart. Le père pousse une gueulante, le chien aboie, puis tout se calme. Mais ils sont très sympas, courtois ; de bons voisins. Elle, un peu effacée, ne se lie pas beaucoup ; elle reste dans l'ombre de son mari. Je pense qu'elle est surtout débordée avec la petite famille à gérer. Les gosses sont polis, parfois un peu espiègles – attention aux poissons d'avril... Une petite famille bien ordinaire en fait.

Au premier, roucoule un couple d'inséparables ! Les amoureux ! In love de chez in love ! Tellement occupés à se manger des yeux - quand ce n'est pas de la bouche - qu'ils ne te voient même pas quand tu les croises. Tranquilles sinon, en totale autarcie relationnelle, ils n'ont besoin de personne ; seuls au monde… cela dit, il paraît que certaines nuits, les grincements rythmés du matelas traversent les cloisons de tout l'immeuble. Perso, je n'ai jamais rien entendu. C'est encore une médisance de la vieille du 5ème, je parie !

Au rez-de-jardin, hé, hé… Dom Juan ! Enfin, c'est ce qu'il croit. La petite cinquantaine, pas encore vieux mais plus vraiment jeune, il oscille entre les deux, s’agrippe de toutes ses forces aux reliques de sa jeunesse. Drague tout ce qui porte jupons, mains baladeuses, galanterie du genre : je vous ouvre la porte et j'en profite pour poser ma main sur votre dos, de préférence bas du dos, et je la laisse glisser doucement… Si cette situation se présente, fais de l'esquive ! Pas mauvais bougre, mais vraiment trop coureur, tendance bellâtre. Il en devient ridicule. S'il te voit à ton balcon, il va faire d'abord comme s'il ne t'avait pas vue, se mettre torse nu dans son jardin, tailler trois bricoles pour te montrer ses beaux muscles virils ; après il fera semblant de s'apercevoir de ta présence et te balancera un compliment à la con de vieux dragueur. C'est pathétique ! Sans compter que ses arbustes sont tout rabougris à force d'y laisser leurs branches. La drague, pratiquée par ce Dom Juan-là, provoque une hécatombe végétale !

Et puis, tout là-haut, au 6ème pour chapeauter tout ce petit monde, Mr. B. Mr. B est un vieux monsieur de 80 ans adorable, veuf depuis de longues années. Des yeux bleus emplis de bienveillance, un sourire chaleureux sous la moustache blanche ; c'est notre grand-père à tous, il est la mémoire de l'immeuble. Il y habite depuis sa construction, connaît tous les coins et recoins des mansardes, des sous-sols, et toutes les histoires qui ont traversé cet espace. Des vies d'hier, des souvenirs du XXe siècle, toute une époque, quoi ! C'est le référent ici, comme un syndic en version honnête et compréhensive. Si tu as un problème inhérent à l'immeuble, c'est lui qu'il faut consulter. Il t'écoutera toujours avec gentillesse, fera tout ce qu'il peut pour t'aider.

Je crois que j'ai fait le tour. Tu vois, des gens tous différents, plus ou moins agréables, mais personne de vraiment mauvais au fond. J'aime beaucoup cette diversité ; je les aime bien ces personnages qui interfèrent dans mon quotidien, ils me plaisent tels qu'ils sont. Leur histoire croise la mienne, ou plutôt la frôle, provoquant une onde à peine perceptible à la surface de ma vie, un peu comme l'onde gravitationnelle trouble l'espace-temps, juste un frémissement...

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 21:35
Ce tableau se trouve à ST GERMAIN EN LAYE, c’est une huile, il a été peint par Jérôme Bosch 1450 1516 le nom de ce tableau c’est l ESCAMOTEUR, mais il se nomme aussi LE CHARLATAN

Ce tableau se trouve à ST GERMAIN EN LAYE, c’est une huile, il a été peint par Jérôme Bosch 1450 1516 le nom de ce tableau c’est l ESCAMOTEUR, mais il se nomme aussi LE CHARLATAN

Sujet : Ecrire un pastiche...

LE MENTEUR

Il nie avec assurance

et plante un regard innocent

sans ciller, transparent,

sur ses mots d'acrobate.

La répartie vive,

les arguments maîtrisés,

il te fait croire à ses vérités ;

même ses contradictions

retombent toujours sur leurs pattes.

Magicien des mots

à la mauvaise foi élégante

sublimée par un air angelot.

Jeu subtil et manipulateur

servi par un vrai talent d'acteur,

il t'embarque dans la tourmente

et te perd sans perdre l'honneur,

le menteur.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 21:33
Geek et le serpent

Sujet : écrire un conte en s'inspirant du proverbe africain :

" Si tu vois un serpent à bicyclette, c'est qu'il sait pédaler sans les pieds."

« GEEK » ET LE SERPENT

Il était une fois un jeune citadin surnommé « Geek » par ses copains car il ne se déplaçait jamais sans son ordinateur portable. Ce jour-là, il roulait sur les routes désertes de la campagne pour rendre visite à son meilleur ami qui vivait dans un village perdu où, paraît-il, il se passait des choses étonnantes : le mythe aurait rejoint la réalité… ! Le jeune homme n'en savait pas plus mais brûlait d'en connaître davantage. Il adorait les vieilles histoires, les légendes. Il les consignait soigneusement sur son disque dur, elles lui servaient de muses pour créer de nouveaux jeux vidéos.

Au volant de sa petite auto, il réfléchissait à sa future aventure virtuelle… il verrait bien un Sage-Serpent guidant des lutins et des elfes dans une quête… une quête de quoi ? Il n'eut pas le temps de s'y attarder. Surgissant du bois un cerf bondit devant lui ; la voiture fit une embardée et percuta un arbre.

Le jeune homme, un peu sonné, sort de l'auto, inspecte les dégâts. Du capot défoncé s'échappent quelques fumerolles blanches. Inutilisable !! Et rien ni personne autour de lui pour lui porter secours. Rien que des arbres, des buissons, des ronces, un soleil à rendre fou. Il attrape son téléphone, pas de réseau, tente de capter une connexion internet, pas de mieux. Rien à quoi se raccrocher, isolé sur la route vide, loin de tout. Il ne lui reste qu'à marcher jusqu'à la prochaine habitation.

Smartphone en poche et ordi dans le sac-à-dos, le voilà parti. Le goudron colle aux semelles, l'insupportable clarté blanche lui écorche les yeux. Il n'ira pas loin comme ça. Il décide de longer la route en passant par la forêt, sous le couvert des arbres. L'ombre fraîche lui apporte aussitôt un délicieux bien-être. Les feuilles sèches crépitent sous ses pas, la marche se fait légère. Soudain, la terre se dérobe, un gouffre le happe.

« Décidément, ce n'est pas mon jour ! » ronchonne le jeune homme en se relevant de sa chute.

Il évalue rapidement la situation : un gouffre circulaire d'environ 1mètre de diamètre... et 3 mètres de hauteur à escalader - tiens, je l’intégrerai à mon prochain jeu... allons-y !

La paroi verticale n'offre guère de prises, la terre s'effrite sous ses doigts, ses pieds glissent. Geek essaie à divers endroits, fait plusieurs fois le tour du trou. Rien à faire ; quand il parvient péniblement à gravir 50 centimètres, il retombe aussitôt. Et bien sûr, toujours pas de réseau…

Une vilaine bête commence à se tortiller au fond de son ventre. La panique s'insinue, sournoise, explose dans un : « Au secouuuurs ! Je suis au fond du trouuuuuu... »... et ce n'est pas une métaphore, ajoute-t-il in petto. Il s'égosille un moment, en vain, il n'y a personne dans ce coin. Et puis, tout ce raffut risque d'attirer un animal affamé, amateur de geek. Va savoir ce qui traîne dans les parages.

Fatigué, résigné, le jeune homme se couche, tout recroquevillé, s'endort d'épuisement. Un rêve le visite : le Sage-Serpent vient le chercher à bicyclette, le remonte hors du gouffre en roulant sur la paroi circulaire comme s'il gravissait un filetage sans fin, et lui dit : « Si tu vois un serpent à bicyclette, c'est qu'il sait pédaler sans les pieds. Regarde ce que tu possèdes et fais avec ce que tu as. »

Geek se réveille en sursaut, écarquille les yeux, persuadé qu'un serpent malchanceux, voire venimeux, l'a rejoint au fond de cette oubliette. La cohabitation risque d'être délicate… Il scrute les parois, les moindres recoins du sol, pas d'ondulation d'écaille, pas de bruissement, ni sifflement de langue fourchue. D'ailleurs, en parlant de langue, qu'est-ce qu'il racontait ce serpent ? Le rêve lui revient, la bicyclette, le filetage sans fin... plutôt cocasse... et les paroles : « Si tu vois un serpent à bicyclette, c'est qu'il sait pédaler sans les pieds. Regarde ce que tu possèdes et fais avec ce que tu as. »

D'un coup, la solution s'impose, évidente, et la joie, la vraie, celle que l'on ne peut décrire tellement elle submerge tout, arrive en même temps. Le jeune homme, fébrile, extirpe son ordinateur du sac-à-dos, sépare l'écran du clavier dans un craquement déchirant. Le sacrifice imposé à la machine lui fait mal, mais il n'a pas le choix. Il enfonce les deux parties ainsi obtenues dans la paroi du gouffre, les laissant dépasser de moitié, les disposant légèrement décalées, à deux hauteurs différentes, comme deux marches d'escalier en colimaçon. Il vérifie leur stabilité, grimpe sur la première, atteint la seconde. Puis, il arrache la première pour la placer au-dessus de celle sur laquelle il se trouve, monte sur cette nouvelle marche, recommence l'opération et ainsi de suite jusqu'à se retrouver enfin hors du trou. Soulagement immense, fierté d'avoir réussi... Merci Sage-Serpent pour ton précieux conseil, merci mon pauvre ordi détruit, vous m'avez sauvé la vie...

Le soleil décline, la chaleur se fait douce. Geek, prudent, rejoint la route. Au loin, une silhouette apparaît, se rapproche. Un serpent à bicyclette le croise en sifflotant...

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 07:47

Une uchronie issue d'un atelier d'écriture... ou plutôt, un quart d'uchronie et le reste d'utopie...

Noël à Bagdad

24 décembre 2015. Le crépuscule se pose en douceur sur la ville. Les chrétiens se préparent pour la nuit de Noël. Dans sa cuisine, Sofia s'active. Une délicieuse odeur de gâteaux orientaux s'échappe du four. Ce soir, au retour de la messe, sa famille et ses amis les dégusteront.

Un tintement attire son attention. Le portillon du jardin pivote, son voisin Anouar entre, hilare, pour admirer... se moquer ?... de son magnifique Père Noël aux joues roses, emmitouflé de rouge et blanc, saupoudré de “ neige ”, campé sur un traîneau tiré par deux rennes, le tout clignotant de guirlandes électriques. Faut dire que les allusions au grand froid dénotent vraiment dans ce quartier de Bagdad. Les maisons anciennes, de facture traditionnelle, s’accommoderaient mieux de chameaux et de bédouins en djellaba.

Sofia se penche à la fenêtre :

  • Salut Anouar, alors, il te plaît mon Père Noël ?

  • Superbe ! Je veux le même !

Le jeune homme gravit d'un bond les marches du perron, s'installe sans plus de façon à la table de la cuisine.

  • Tu veux un café ?

Sofia aime beaucoup Anouar. Ils sont voisins depuis toujours, ont partagé des moments forts ensemble ; ils se sont battus côte à côte pour la liberté. Quand le Printemps arabe s'est répandu dans les pays du Maghreb, qu'il est arrivé jusqu'en Irak, les jeunes, le peuple tout entier s'est soulevé pour renverser le dictateur. Les affrontements ont été violents, la police de Saddam Hussein féroce, mais des sympathisants venus de tous les pays arabes libérés ont prêté main forte. Le dictateur est tombé, la démocratie est née. Depuis quatre ans, un président élu et un gouvernement laïc gèrent le pays. Le peuple irakien a choisi la laïcité pour garantir la liberté de culte et les différences de chacun. Quelques groupes radicaux ont bien tenté de retourner les esprits, mais le Parti Laïc Irakien a su les tenir à distance. Aujourd'hui, l'Irak est prospère, le peuple heureux de ce vivre ensemble où chacun apporte à l'autre les richesses de sa culture.

Sofia et Anouar se remémorent le chemin parcouru. Ils ont eu très peur en 2003, quand le président des États-Unis, George Bush, voulait leur déclarer la guerre. Dieu merci, il n'en a pas eu le temps. Un AVC, tombé à point nommé, l'en a empêché. Son successeur a eu la sagesse de se ranger aux avis pacifistes de la France, l'Allemagne, la Russie, la Chine. Sinon, Dieu seul sait dans quel état serait le pays aujourd'hui ! Saddam Hussein a continué à régner pendant quelques années tandis que, dans l'ombre, des résistants s'organisaient ; quand le Printemps arabe est arrivé, ils étaient prêts.

Les petits gâteaux sont cuits. Sofia les sort du four, en dispose quelques-uns sur une assiette, la pose sur la table.

  • Sers-toi Anouar, mais méfie-toi, c'est chaud.

Les pâtisseries dégoulinent de miel qui colle aux doigts.

  • Tu te souviens des gâteaux de Leila en Syrie ?

  • Oh, oui ! Ils sont associés pour moi à la chute de Bachar el-Assad.

Une autre révolution à laquelle ils ont participé ensemble. Lors du Printemps arabe en Syrie, la répression a été terrible. Alors, le Maroc, la Tunisie, l'Algérie, l’Égypte, la Jordanie et l'Irak s'unissent pour former une coalition appelée les Démocraties Arabes Unies. De partout, des combattants pour la liberté prennent les armes. Sofia et Anouar étaient parmi eux. Ils ont contribué à la débâcle militaire de Bachar el-Assad dans Homs en ruines et à la chute du dictateur. Cette année, Noël sera célébré dans la paix en Syrie.

Quant à Al-Qaïda, depuis les attentats contre le World Trade Center, on en entend plus parler. Les services secrets du monde entier ont œuvré en coulisse pour détruire l'organisation ; Oussama ben Laden est mort. Quelques groupes radicaux ont essayé de se réunir pour créer un état islamique, mais ils ont été balayés par le formidable essor des Démocraties Arabes Unies. La Lybie a été pacifiée et ne va pas tarder à être admise au sein de la coalition. Les derniers salafistes sont malmenés ; un vent nouveau souffle en Iran, au Pakistan, au Yémen, en Arabie Saoudite... Le monde change...

Sofia grignote un petit gâteau, pensive :

  • Je crois que 2016 verra la paix et la fraternité s'installer entre Israël et Palestine. Les fondamentalistes des deux camps reculent là-bas aussi ; les négociations sont en bonne voie.

  • Je le pense aussi. Tu verras, ils finiront par nous rejoindre. On deviendra les Démocraties Israélo Arabes Unies. Ça jette non ?

Comme pour approuver, une cloche carillonne sur Bagdad. L'heure de la messe approche.

  • Tu m'accompagnes jusqu'à l'église, Anouar ?

  • Pourquoi pas ? Jésus est un prophète pour moi ; allons donc fêter son anniversaire ensemble...

Les jeunes gens s'éloignent. Dans le jardin, le Père Noël sourit, attend leur retour en clignotant de joie.

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 15:20
INDICIBLE

Hébétés, sidérés, statufiés, pétrifiés.

Comment raconter l'indicible ?

Comment libérer les sanglots figés dans le sang coagulé ?

Hébétés, sidérés, statufiés, pétrifiés.

Liberté, Égalité, Fraternité,

Plus que jamais, se rassembler.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 21:44
IL NOUS RESTERA ÇA

Grand Corps Malade a demandé à plusieurs chanteurs et artistes d'écrire un texte avec la phrase : "Il nous restera ça."

Bien que ni chanteurs, ni artistes, à l'atelier nous avons décidé de lui donner un coup de main...

IL NOUS RESTERA ÇA

Quand le monde agité oublie dans son sillage

Les moments merveilleux d'un amour, d'un émoi,

Ils reviendront au cœur au détour d'une image,

Une vieille photo, il nous restera ça.

Quand le temps assassin dépouille la jeunesse,

Rides et cheveux blancs ornent un visage las ;

La sensation radieuse d'un corps bouillant d'ivresse

Deviendra souvenir... il nous restera ça...

Quand l'Homme aura détruit en partie la planète,

Dans les débris obscurs des villes en gravats,

L'humanité tremblante basculera la tête

Vers l'immuable nuit ; il nous restera ça.

Tant que la vie persiste, la source au fond de l'être,

Dans un germe d'espoir, ne se tarira pas.

Il nous restera ça, la vie qui nous fait naître,

La vie vers l'avenir, il nous restera ça.

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