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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:50

Suite du texte précédant LE RÔLE DE MA VIE et du sujet d'atelier suivant :

En lien avec le sujet de la dernière fois...
Le festival de Cannes est fini... Vous repartez avec un prix... ou pas... Vous êtes contente ou soulagée...
Par contre, vous ramenez dans vos bagages un "indésirable" (fan envahissant, amant éconduit et inconsolable, migrant égaré, etc... au choix)
Que se passe-t-il ? Comment gérez-vous la chose ?

 

***

Picasso - Buste de femme

Picasso - Buste de femme

Le Festival de Cannes se termine. J’ai adoré être une star sur le tapis rouge, grand moment de reconnaissance, aboutissement de toute une vie d’effort et puis, cette belle émotion… Étienne, surgi du passé. Je suis contente pour lui. Le film que je représentais est tiré d’un de ses romans ; il a obtenu le Prix du scénario, mais son actrice, c’est-à-dire moi, que dalle. Comment rivaliser avec la Kruger, aussi ? Elle est flamboyante !

 

Aujourd’hui fini le Festival ; c’est le départ. Étienne est déjà retourné à ses bouquins depuis longtemps. Il a une famille, des chiens et des chats, le tout dans une maison quelque part vers Vence. Si j’ai rêvé un instant, très vite, j’ai bien compris que je ne fais plus partie de son monde, qu’il s’est juste servi de notre histoire et de ma vie pour écrire son best-seller. Ça me laisse un goût un peu… d’inachevé, quelque chose comme un regret peut-être… Je ne sais pas trop. C’est juste là, sous la surface, un truc qui serre un peu du côté du cœur.

 

Le taxi arrive. Je n’ai pas le temps de m’y installer que l’on m’interpelle. Une femme de mon âge, l’air gêné, me demande :

Puis-je profiter de votre taxi ? Je dois me rendre à Nice, je n’ai pas beaucoup d’argent…

Dans ses yeux, comme une supplique… je fais la généreuse, c’est si facile...

Montez madame.

 

Elle attend que nous soyons sur l’autoroute pour me dire :

Tu ne me reconnais pas ?

Je la regarde, intriguée.

Chantal. Cavalaire 77. J’étais en vacances avec mon fiancé, Étienne, quand tu as débarqué sur la plage en bikini et tu es repartie en emportant Étienne. Tout ça pour quoi ? Pour le laisser tomber deux ans plus tard. Et moi pendant ce temps, j’ai failli crever de chagrin, j’ai tout loupé et aujourd’hui, je suis grave dans la merde et c’est de ta faute alors, tu dois m’aider. Je m’installe chez toi.

 

Allons bon, voilà autre chose ! J’ai bien fait de venir à Cannes, moi ! Tout mon passé qui me saute dessus sans prévenir. Elle m’a bien eue la Chantal avec ses airs de pauvresse.

Écoute Chantal, c’est de l’histoire ancienne ça ! Et puis, c’était un coup de foudre mutuel entre Étienne et moi. Comment veux-tu résister à ça, à vingt ans ? Quant à ta vie, si tu l’as loupée, ce n’est pas de ma faute, tout de même !

Si, c’est de ta faute ! De toute façon, j’ai plus un rond, plus d’amis, pas d’amour, alors, je m’incruste.

Comment ça tu t’incrustes ? Que veux-tu exactement ? Je peux de donner un peu d’argent pour te dépanner si tu veux...

Je ne veux pas de ton pognon, je veux la vie que tu mènes, je veux vivre chez toi, aller dans les dîners parisiens, fréquenter les gens du cinéma, je veux que tu me présentes aux metteurs en scène, je veux devenir actrice. Je veux ta vie.

 

Je la détaille pendant qu’elle parle et je me rends compte qu’elle frise la folie. Son regard est traversé de lueurs inquiétantes, sa bouche se tord parfois dans un grimace haineuse, elle serre les poings. Je crois que ce qu’elle veut surtout, c’est me détruire. Elle s’énerve d’un coup :

Ah, ah ! Tu m’observes… Tu es en train de chercher comment te débarrasser de moi hein ? N’essaie même pas. J’y suis, j’y reste. Je sais où tu habites, madame l’actrice, c’est écrit dans les magazines people. Alors si tu veux m’embrouiller en me racontant que c’est trop petit, trop loin, trop je ne sais quoi, ça ne prendra pas !

Je serai toujours là à te surveiller si tu me refuses ta maison, et je ferai de ta vie un enfer.

 

Sa tirade finit dans l’aigu. Elle me ferait presque peur cette idiote. Je vais la jouer « cinéma » :

Mauvaise réplique, tu joues mal, tes menaces sont de piteux clichés. Je ferai de ta vie un enfer ! Quelle phrase à la con ! Tu te rends compte de ton imbécile grandiloquence ? Tu es ridicule. Ce n’est pas comme ça que tu deviendras actrice.

 

Oups ! Ça n’a pas eu l’effet escompté. Elle me fixe, furibarde. J’ai l’impression qu’elle a envie de me tuer. Comment désamorcer l’affaire ? Je prends ma voix la plus neutre :

Tu comprends, ce genre de choses, on l’a entendu mille fois, ce sont des répliques de mauvais films, des clichés, comme on dit. Si tu veux devenir actrice, il vaut mieux éviter les clichés… à part ceux des photographes, bien sûr, rajoute-je avec un clin d’œil que se veut amical et plein d’humour.

Elle se détend un peu, me dit :

Je suis heureuse de voir que tu as compris que tu n’as pas le choix. Désormais, tu me donneras tous tes rôles. Sinon, je raconte à Gala ce que tu faisais sur la plage de Cavalaire en 77, comment tu as détruit mon couple.

La violence à nouveau sur ses traits. La rage enfle.

Ça, ça n’y était pas dans le film. Il ne s’en est pas vanté Étienne, ce salaud ! Son tour viendra aussi, je lui ferai payer, rajoute-t-elle la voix rauque comme un feulement.

 

Mon Dieu ! Elle a ruminé toutes ces années jusqu’à en devenir obsessionnelle. Elle est folle, c’est sûr, et dangereuse, je crois. Elle peut basculer et passer à l’acte n’importe quand. Vaut mieux que j’entre dans son délire :

Je vais à l’aéroport, je prends l’avion pour Paris. Je suppose que tu n’as pas de billet ?

Non, mais tu vas m’en offrir un, bien sûr !

Bien sûr… Je vais le réserver tout de suite sinon on risque de rater le vol.

 

Mon smartphone, mes contacts, mon vieux médecin de famille :

 

De moi au docteur, à Nice :

Suis dans un taxi avec une folle.Danger.

Envoyer ambulance avec psy à l’aéroport.

Arrivons dans 10 minutes. HELP !

 

C’est bien long cette commande, se méfie Chantal, qu’est-ce que tu racontes ?

C’est leur truc compliqué : ils veulent tout savoir. Rappelle-moi ton nom et date de naissance.

 

De moi au docteur, à Nice :

Chantal Latchan, née le 31 mai 1957

 

Oh, mais c’est ton anniv aujourd’hui ! Bon anniversaire Chantal ! Soixante ans, ça se fête ! Tiens, je t’offre cette bague, dis-je en retirant l’anneau d’argent qui orne mon annulaire. C’est une bague qui vient de Hongrie. Ah, mon téléphone vibre, c’est sans doute la confirmation pour ton billet d’avion..

 

Du docteur à moi :

Suis à l’aéroport avec ambulance devant arrêt taxi.

 

Toute à la contemplation du bijou, elle n’a remarqué mon soupir de soulagement. Le taxi bifurque, se gare devant le terminal.

A peine sommes-nous descendues de l’auto que mon gentil médecin est devant moi. A partir de là, tout va très vite : Chantal comprend ce qui se passe, tire de son sac un canif, attaque le bon docteur, est maîtrisée illico par deux ambulanciers costauds, embarquée, attachée, calmée par une injection qui la plonge dans le sommeil.

 

Je suis secouée. Le médecin est indemne, Dieu merci ! Je culpabilise un peu… C’est à cause de moi qu’elle est gaga ? Je raconte en deux mots toute l’histoire.

Tu n’y es pour rien, me rassure mon vieux docteur, je te tiendrai au courant de son état, file et prends soin de toi.

 

Prendre soin de moi… C’est ce que je décide de faire aussitôt. Cela m’apparaît comme un évidence. J’arrête le cinéma, je prends ma retraite, je vends tout et je reviens m’installer à Nice dans une maison avec des chiens et des chats. Je vais me lancer dans l’écriture, loin des paillettes et surtout, dans l’anonymat.

Pour vivre heureux, vivons cachés, sera ma devise.

Pour commencer, je vais m’inscrire à cet atelier d’écriture trouvé sur le net : l’Atelier des Mots et Merveilles, je crois… Et je raconterai mon histoire parce que ma vie, c’est du cinéma !

***

L'atelier des Mots et Merveilles, c'est ici :

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commentaires

Cendrine 10/06/2017 14:08

Je ne sais pas pourquoi, tout le texte s'est "collé" quand j'ai fait valider...
Les voies du net...rires!

Cendrine 10/06/2017 14:07

Coucou Albiréo, je viens de passer un excellent moment façon thriller...
Ah le passé, quand il nous "accroche" dur dur de s'en débarrasser!
On se laisse happer par tes personnages et j'adhère pleinement au "pour vivre heureux vivons cachés", une gageure dans une société hyper connectée mais on peut tirer son épingle du jeu, clin d'oeil...

Je ne sais plus si je te l'avais dit (je radote peut-être), j'ai créé un petit blog quand Ma Plume Fée n'était plus accessible. J'y publie des billets plus courts, plus intimes sur ce qui me passe par la tête...
La news marche très mal, apparemment elle atterrit dans les spams alors des amies m'ont suggéré d'écrire le lien quand je publie quelque chose

http://chimereecarlate.over-blog.com/2017/06/sensations-de-lune.html

http://chimereecarlate.over-blog.com/2017/06/la-vie-secrete-des-arbres.html

A titre indicatif...
gros bisous pour te souhaiter un beau week-end ensoleillé
Cendrine

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